Le phénomène est sans doute moins net dans l’Allemagne napoléonienne. Bien que la création des cantons allemands ait pour objectif de casser le cadre territorial des anciennes seigneuries rurales, Nicolas-Peter Todorov souligne la persistance de l’influence des seigneurs, en raison notamment de l’importance que leur accordent certains préfets, désireux de se créer une clientèle. Ainsi, si la mise en place des justices de paix est sans doute un échec ici, le canton n’en constitue pas moins un réel enjeu social et politique, capable d’intéresser les paysans. C’est tout aussi net dans le cas de Fontainebleau, étudié par Marie-France Montel : ici, pendant le Directoire, les deux municipalités de cantons – l’une urbaine, l’autre rurale – s’opposent, la première imposant sa prééminence à la seconde grace à la présence de nombreuses élites et à la concentration des sociabilités politiques directoriales.17 Les deuxième et troisième ateliers étudient respectivement la réforme cantonale et les fonctions administratives qui se développent dans ce cadre spatial. Tenant compte des déficits fonctionnels et démocratiques évidents du canton, le projet de loi Martignac (1829) tente de valoriser celui-ci en créant des conseils cantonaux. Les arrière-pensées sociales ne sont pas absentes de ce projet, qui vise indirectement à établir un nouvel ordre sociopolitique dominé par la petite et la moyenne propriété, celles des élites cantonales justement. sac vanessa bruno rouge pas cher
Cette ambition est finalement rejetée par la plus grande partie des ultras et des libéraux, provoquant d’ailleurs la chute de son principal porteur. Marie-Vic Ozouf-Marignier souligne ainsi les difficultés précoces à réformer le canton, suggérant, ce faisant, que ce territoire est, très t?t, bien autre chose qu’une simple coquille vide . C’est d’ailleurs dans ce cadre cantonal, comme le montre Alp Yücel Kaya, que s’installent, en 1852, les commissions permanentes d’enquêtes agricoles, placées le plus souvent sous la présidence des notables du chef-lieu, maire mais aussi juge de paix. Cela illustre l’espèce d’ age d’or cantonal de la seconde moitié du xixe siècle, ce qui n’empêche guère les réflexions touchant à la réforme de ce cadre territorial, comme l’illustrent les projets de décentralisation proposés sous la iiie République au c?ur de du travail de Michel Le Guenic. En effet, s’ils trouvent difficilement leur place dans les réflexions régionalistes , les cantons n’en sont que très rarement absents. Mieux encore, ce cadre cantonal, loin d’être pensé de manière autonome, y est systématiquement inséré dans un système plus large – en relation avec la commune, l’arrondissement ou le département. Comme le montre l’étude de Gildas Tanguy sur les Congrès internationaux des Sciences Administratives et la Revue internationale dans la première moitié du xxe siècle, ces questionnements sur la réforme du canton – ou des circonscriptions de même nature à l’étranger – ne sont en rien strictement fran?ais. 2132 ray ban wayfarer pas cher Ils trouvent d’ailleurs parfois des traductions concrètes, notamment au lendemain de la Première Guerre mondiale dans le cadre de la réforme de la carte judiciaire. Vincent Bernaudeau décrit l’effort de rationalisation des justices de paix qui se réalise à partir de 1919 par la réunion sous une seule et même juridiction de deux cantons limitrophes, un binage concernant au premier chef les cantons ruraux.18 Les séances suivantes sont consacrées aux recompositions territoriales et aux enjeux politiques cantonaux, aussi bien passés que présents. Pour Corinne Marache, si le chef-lieu de canton en milieu rural aquitain est un p?le de dynamisme et un lieu d’échanges dans la seconde partie du xixe siècle, il est tout autant un lieu de reconnaissance et d’interconnaissance qu’une interface entre l’urbain et le rural, entre le local et le national. Cela n’est pas sans conséquences politiques, comme l’illustrent les communications d’Henri Courrière et de Jean-Paul Pellegrinetti, portant respectivement sur les Alpes-Maritimes durant la dernière décennie du Second Empire et la Corse sous la IIIe République. Dans le premier de ces départements, atypique car créé en 1860 et pour une part détaché du Royaume de Piémont Sardaigne et en cela particulièrement intéressant, le conseil général associe à la fois des notables au sommet de leur carrière politique et d’autres en quête de promotion . Aussi la lutte pour entrer dans l’assemblée départementale contribue-t-elle à cristalliser les oppositions entre villages ou entre factions villageoises. ray ban 2140 wayfarer
La situation corse est assez comparable. Malgré l’importance des pratiques claniques ou clientélistes, les fonctions de conseiller général, entre état et municipalités, permettent d’asseoir une suprématie électorale et/ou une certaine notabilité, parfois préexistantes, garantes de la stabilité et de la croissance des réseaux politiques des principales familles corses largement ancrées dans les villages. Consacrée aux cantons – urbains pour une large part – de Béziers, l’étude de Fabien Nicolas insiste quant à elle sur deux dimensions valant aussi largement pour les campagnes de ce Midi rouge : d’une part l’existence d’une sorte de ticket conseiller général/conseiller d’arrondissement, d’autre part l’émergence du canton non seulement comme territoire d’action du notable mais également comme territoire aux dimensions adaptées à l’organisation partisane – ici, celle des radicaux-socialistes.19 Si le maillage administratif fran?ais donne l’image légendaire d’une remarquable stabilité depuis sa fondation, l’approche géo-historique de Marie-Vic Ozouf-Marignier, Alexandra Laclau et Nicolas Verdier s’étendant de 1801 à 2006 tend à nuancer cette vision : près de 25 % des communes ont changé de canton au cours de ces deux siècles et 50 % au moins de nom de canton. Il est vrai cependant que ce sont les cantons urbains et périurbains qui connaissent en la matière le plus grand nombre de modifications, tandis que le développement de l’intercommunalité vient aujourd’hui brouiller les cartes. C’est à cette question que s’intéresse plus particulièrement la communication de Guillaume Bailly, interrogeant les logiques spatiales à l’?uvre dans la création des établissements publics de coopération intercommunale (epci), à la fois à l’échelle de la Haute Normandie et à celle de la France. Les résultats se révèlent particulièrement significatifs : 20 % des epci épousent les limites des cantons, 8 % supplémentaires ne s’en distinguent que d’une commune en plus ou en moins.
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51-55, M
Aug 18, 2014